Au bout de la logique.
Le chef de l’Etat a fait preuve de courage réaliste en obtenant des protagonistes du conflit de l’Est un "Acte d’engagement" fixant l’arrêt des hostilités et la réconciliation dans le Nord et le Sud Kivu.
Je salue le sens des responsabilités du président de la Conférence de paix et de tous les animateurs. Ils se sont dévoués à la cause collective sans lésiner sur les moyens de parvenir au résultat.
L’Accord acquis est une grande avancée pour le rétablissement de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble de la République.
En dépit de son caractère limité, l’heure est à présent à l’action pour sauver des vies.
Il est urgent de mettre en œuvre l’applicabilité du processus de paix en concordance avec le bon fonctionnement de la démocratie et les principes de l’ordre constitutionel.
L’Acte de Goma doit être soumis à la connaissance du Parlement avec la tenue d’une session extraordinaire ou d’une séance publique des questions au Gouvernement, afin d’éclairer le peuple sur la transparence des actes de la République et de faire valoir les interprétations définies.
A ce point, l’Accord de paix devra devenir un projet de loi pour avoir la légitimité d'action. Cette évolution est inévitable compte tenu des recommandations assorties d’une clause d’amnistie couvrant les faits insurrectionnels, de la requête relative à la sécurité des déplacés internes et du droit de retour volontaire des réfugiés établis dans les pays voisins.
Au sujet de l’amnistie, je rappelle que j’avais soulevé cette question, au lendemain de l’élection présidentielle de 2006, pour la libération des détenues d’opinion qui croupissent injustement dans nos prisons. Mais à l’époque, ma proposition a rencontré un bouclier d’indignations comme s’il s’agissait d’une monstruosité ou de quelque chose de radicalement subversif.
Alors qu’en démocratie nul ne doit être persécuté ou emprisonné pour son opinion politique, sociale ou confessionnelle.
La loi est l’expression de la volonté générale et la liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. Le conformisme politique nous fait perdre du temps de bâtir le Congo libre et la République respectueuse de la vie humaine.
Aujourd’hui, pour absoudre les crimes massifs de sang, l’amnistie devient normale et compatible avec les droits de l’Homme.
Qu’à cela ne tienne. Allons au bout de la logique de paix. Nous devons établir de vraies mesures de suivi de démobilisation et de réinsertion des combattants, favoriser un climat de paix et d’entente dans la région des Grands-Lacs dans un esprit de bon voisinage, sous l’égide des Nations unies, des partenaires internationaux et de l’Union africaine.
Il nous faut promouvoir un vrai ordre politique mettant totalement fin aux souffrances des populations des Kivu. Les pays de la région doivent être associés à sa réalisation dans le respect des accords de Nairobi. La contribution de chacun est indispensable pour régler les différents de manière pacifique et durable.
Le Congo entier aspire à la paix.
L’Acte de Goma sera une vertu de civilisation s’il aboutit à la sécurité des habitants sur tout le territoire national dans ce qu’il a de plus juste et de plus humain.
Sans quoi, il sera amputé de son contenu réel et se limiterait à un catalogue sélectif de bonnes intentions.
Ne restons pas les yeux fermés face à l’insécurité sévissant avec méchanceté et ciblant de plus en plus les personnes ne partageant pas la pensée unique.
Il est de notre devoir de citoyen d’exercer une conscience démocratique exigeante là où s’expriment les contradictions les plus dures de notre Nation.
C’est aujourd’hui que se joue l’avenir de la République et se construit le bien vivre pour tous. Demain le réveil sera hypothétique et douloureux.
Allons jusqu’au bout de la paix.
Alain Matumona
Congoavenir.com
Mise à jour le 28.01.2008-13h40
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Congo Avenir 2006