L'enjeu de Matadi
Le 21 mars s’est tenu à Matadi, le chef lieu de la province du Bas-Congo, le Conseil de ministre qui se tient normalement à Kinshasa.
Sa suite a donné lieu au Conseil interinstitutionnel réunissant le Chef de l’Etat, le Gouvernement, les présidents du Sénat et de l’Assemblée national, le Chef d’état major des armées et le Procureur de la République.
De part le poids de son caractère atypique, le pays veut savoir l’intérêt du séjour d’Etat dans la ville portuaire, reliant le Congo au reste du monde, comme si l’enjeu partisan vaut plus que le destin collectif de la Nation.
Dans la mesure où le conseil élargi est nécessaire à la contribution permettant à la population de recevoir de l’Etat de meilleures conditions de vie, il serait noble que nous informions le peuple des mesures prises pour lutter contre l’insécurité et pour en finir avec la souffrance nationale.
Car en transposant le temps d’un week-end le siège du Gouvernement hors capitale, avec des institutions devant demeurer neutres et apolitiques, sans donner des raisons claires du gaspillage de l’argent public, il est difficile d’appréhender le bien fondé de l’initiative.
Il serait donc utile que le pays soit informé de son ordre du jour réel pour écarter toute fausse interprétation. Surtout que les travaux de l’interinstitutionnel se font sans tenir compte de la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire et de l’exigence de neutralité de la Défense nationale.
La démocratie, c’est le Gouvernement de la transparence. Pour mieux bâtir le pays et avancer tous ensemble, nous devons éclairer le peuple de toutes les décisions de la Nation. Car il est le dépositaire du pouvoir démocratique.
Et je pourrais même affirmer, que quoiqu'il arrive, il tiendra ferme contre toute option de démantèlement de la Nation. Et aucun discours de soumission à la pauvreté ne pourra lui servir de leurre sur l’enjeu de Matadi.
A cette raison, nous devons être attentifs aux désirs du citoyen, agir avec discernement à l’égard des institutions et être conscient des engagements que l’on prend pour pouvoir trouver des solutions justes aux problèmes du pays.
Le Président préside. Le Gouvernement gouverne. Le Parlement légifère. Et le peuple aspire au bien-être.
En cela, l’Armée nationale demeure neutre. La Nation lui assigne un devoir exigeant. Celui de mieux assurer l’ordre public, la protection des habitants et la sécurité du pays, afin que le développement se fasse dans des conditions propices au progrès de tous.
La neutralité lui permet notamment de consolider la professionnalisation et d’affirmer son rôle en Afrique et dans le monde concernant la réduction des menaces qui pesent sur la paix et affectent la stabilité du monde.
Nous devons donc engager un effort de modernisations accéléré de notre Armée pour l’intérêt du bien commun, en évitant de l’impliquer dans la prise des positions politiques. Tout déficit dans ce domaine nuirait à l’accomplissement de sa mission, d'autant qu'elle est le socle de l'unité nationale.
Le Président de la République est garant de l’indépendance de la justice.
Notre système judiciaire doit être revu dans son fonctionnement, tant pour la justice civile que pénale.
Contrairement aux choix contradictoires, la justice doit être juste, impartiale et la même pour tous. Avec en amont le respect de la présomption d’innocence et la garantie que nul ne doit être arbitrairement arrêté, détenu et lésé dans ses droits. En faisant de sorte que chaque habitant jouisse de services d’un avocat, garantit par un service public défendant les droits de l’homme.
Aujourd’hui les démunis ne peuvent défendre leurs droits. Ils sont réduits en situation de non assistance à personne en danger.
Sans perdre un seul instant, nous devons prendre des mesures urgentes, afin que les coûts financiers du justiciable dépourvu de revenu pour assurer sa défense soient pris en charge par l’Etat. C’est une question de justice inhérente à la personne humaine.
Nous devons en outre, éliminer des obstacles au fonctionnement impartial de l’appareil judiciaire, favoriser la compatibilité saine des règles des procédures et de développer des méthodes alternatives et pacifiques de résolutions des plaintes sans laisser se répandre le sentiment d’impunité.
Il revient à l'Etat l'impérieux devoir de rendre la justice juste, responsable et indépendante du pouvoir politique, tout en s’abstenant d’engager des procès à charges contre la liberté d’expression.
Sur ce point précieux de la République, je ne partage pas l’avis selon lequel le Congo se porterait mieux sans les excès de la presse. La diffusion des médias atteste le degré de la démocratie d’un pays. La limitation de son exercice est l’apanage des régimes totalitaires. Et aucun système du genre n'est parvenu à étouffer la liberté en dépit des efforts de la censure. La sommation égoïste ne pourra réduire en silence la faculté des Congolais qui demeurent libres d'agir suivant l'honneur et l'intérêt du Congo. Qui n’a rien a se reprocher, ne craint la presse.
De plus, il est faux de penser que l’absence de politique d’emplois et de salaire décent contraint certains compatriotes à résider hors du pays. C’est plutôt la politique des violations systématiques des droits de l’homme dont le Congo est tenant en la matière qui force nos concitoyens à s’expatrier. L’accès à l’emploi et la juste rémunération constituent un droit. Lorsque la réalisation de l’une des valeurs de justice sociale n’est pas respectée, il y a violation des dispositions régissant le droit individuel, collectif et civil du travail.
L'égoïsme ne pourra nous détourner du Congo juste et nous faire oublier que la répétition des erreurs du passé est devenue la priorité nationale, faute de prendre conscience des attentes des habitants.
La raison d’être d’un Etat, c’est l’épanouissement de la nation et le bonheur de tous. Elle ne constitue guère les arrestations des individus ne partageant pas l'opinion dont on est porteur ni l’obsession d’imposer au pays son point de vue pour l'asservissement collectif.
Tous les citoyens ont le droit de participer à la construction de la Nation. Si un seul manque à l’appel, parce qu’il craint la persécution de la puissance publique à cause de son opinion, nous pouvons chanter tout le bien de la démocratie sur le Congo, mais cela n'impactera aucun avenir meilleur pour notre pays. L'évidence est réelle aussi longtemps que dans le vécu au quotidien ses vertus seront nulles et sans effet.
La démocratie, ce n’est pas uniquement l’élection, le Gouvernement et le Parlement. Mais c’est aussi le respect des droits de l’homme, de la dignité humaine et de l’intégrité du vivre ensemble.
Aujourd'hui nous n'avons des motifs à nous réjouir au vu de nos concitoyens quittant le pays à cause des violations des libertés et d’autres craignant d’y retrouver du fait d’encourir des risques vitaux.
Nous devons en toute circonstance respecter la Convention de Genève interdisant, entres autres, tout traitement inhumain et cruel.
Le Congo doit savoir écouter ses alliés et ses partenaires pour réussir les progrès accomplis. Il ne doit ignorer que les actes de l’Etat doivent refléter la gratitude envers les pays amis, les Nations Unies et l’Union africain dont les efforts investis ont rendu possible l’objectivité de la IIIème République.
Si nous parvenons à faire de la démocratie et la bonne gouvernance un progrès incontestable de la liberté, nous ferons honneur à la grandeur du Congo ainsi qu'à l’action de la Communauté internationale visant à doter notre pays d'un avenir d'espérance.
Autrement, nous décevrons les efforts de paix, de droit et de prospérité.Alain Matumona
Mise à jour, le 25.03.2008-13h50
Seul le présent texte en ligne sur Congoavenir.com fait foi.
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Congo Avenir 2006