samedi 11 février 2012
Trente Juin du 30 Juin (suite et fin)
Le jour de l’Indépendance, le Congo Belge change de nom. Il devient République Démocratique du Congo.
Léopoldville, la capitale la plus moderne de l’Afrique, est appelée Kinshasa.
Faute de l’hymne nationale qu’on a oublié de composer, le Congo entier résonne sur le rythme de l’Indépendance tcha-tcha. Une mélodie locale, intervenant pour la circonstance.
De l'augure non élucidé, le Congo bascule dans l'irréel et brise les ponts d'égalité.
Les personne n’ayant pas la peau foncée, n’ont plus droit de résidence sur le sol national. Considérées comme distincte à l’intégrité du territoire, elles n'ont plus accès aux fonctions d'Etat dans la République. Sans que la loi n'interdit les discriminations que les idées ethnocentriques donnent encore plus d'éclat.
En 49 ans d'exclusion de la diversité, je n'oublie pas nos Compatriotes, ayant quitter le Congo, en raison des violences raciales.
Je n’oublie pas les atrocités qu’ils ont vécues. Et quelle que soit l’entendement supposé, rien n’autorise le Congo de s’opposer aux uns et de s’en prendre aux autres, à cause de la couleur de peau.
Je souffre autant qu’eux de la souffrance de nos actes. Dans la mesure où notre pays manque d’appliquer à lui-même le principe d’or, par lequel l’humanité peut trouver, la paix, la sécurité et la prospérité.
Ce principe d’or nous enjoint de ne pas faire aux autres ce que nous n’aimons pas qu’on nous fassent.
Parce que faire ce qui est juste est indispensable, pour faire vivre notre idéal d’humanisme sur lequel nous sommes unis. Car les valeurs de liberté, de paix, de justice, d'égalité et de fraternité sont incontournables du bonheur des tous.
En 49 ans d’autonomie, le Congo ne s’est jamais remis des comportements discriminatoires. Parce qu’aucune des questions aux quelles nous aurions dû collectivement répondre n’a été posée jusqu'à présent.
Nous avons longtemps escamoté en silence la souffrance infligée à nos compatriotes qui descendent d’une origine Américaine, Arabe, Asiatique, Européenne, Indienne, Juive ou Russe, sans que nous reconnaissions la responsabilité de nos fautes. Afin que les atrocités qu’ils ont vécues sur notre sol, ne se reproduisent plus jamais sur notre territoire.
Ceux qui n‘ont pas encore compris le sens profond de nos torts, ceux qui n’en tirent aucune conséquence, je veux dire, ici, avec force et conviction que l’Indépendance, telle que nous l’avons présumée, a prouvé ses limites.
En 49 ans d’autonomie, elle n’a pas su se hisser au niveau de ses espérances et de sa vertu épanouissante. Elle est devenue un frein, à force de devenir, au détriment de son utopie, le vecteur d’autodestruction, avec des conséquences graves sur nos vies. En place d'être le possible du bonheur.
Le Congo est terre accueillante de vivre ensemble. Le repli sur soi, n’est pas la liberté. La liberté permet aux humains de se parler, de se comprendre et de se créer des liens pour construire le futur commun de l’humanité.
Dans le rejet des autres, la liberté s’affaiblit. Et au bout du compte on est plus libre. Parce que dans l’isolement on subit au lieu de vouloir. On s’atrophie au lieu de s’épanouir. On s’appauvrit au lieu de s’enrichir.
Le Congo est terre universelle de tolérance. Notre Nation constitue une communauté d’hommes et de femmes issus d’origines différentes, dont les particularités s’accordent sans que nul n’est besoin de renoncer à ce qu’il est.
Ne nous laissons donc pas tromper par l'égoïsme des comportements. La grandeur et la réussite du Congo résident dans la diversité de ses talents, dans l’inventivité de sa population et dans la pluralité de sa culture. Qui allient modernité, innovation et mieux vivre.
De la force de notre démographie, de l’ouverture d’esprit qu’elle favorise dans la compréhension des autres et de soi-même, je veux que la population congolaise devienne une grande famille internationale la plus universelle qui n’ait jamais existée.
Le Congo est terre hospitalière pour tous. Parce que nous ne choisissons pas nos parents, ni le pays où nous naissons, pas plus que nous ne décidons de notre couleur de peau ni de la culture qui façonnera notre pensée.
Nous n’avons aucun pouvoir sur ces choses entièrement soumises aux aléas du temps et aux circonstance de la vie. En revanche nous pouvons décider de la manière dont nous voyons et traitons les autres.
Partant de l’universalité de notre humanisme, toute personne née sur le sol congolais ou résidant sur le territoire de la République, depuis de longue date, est de droit citoyen de notre Nation.
Et tous ceux qui se sont expatriés à cause de l’intolérance raciale, doivent retrouver l’intégralité leurs droits. Même par affiliation ou par ayant droit. Car c'est par l'affirmation des droits égaux et justes que nous pourrons résoudre la crise de socièté et ouvrir des opportunités immenses pour notre pays.
Il ne faut surtout pas oublier que le Congo est terre de création de richesses. Il ne peut s'approprier les biens appartenant à d'autres sans risquer le déclin. Les temps que nous vivons sont impitoyables aux peuples qui ne savent sortir de l'archaïsme et faire des choix de progrès. Pour moi, c'est impératif de faire valoir un Etat de droit de prospérité, avec une humaine conception économique et sociale.
De l’idée que je me fais du Congo, je souhaite que chaque habitant se voit offrir les possibilités d’une meilleure vie, dépourvue d’actes d’injustice, de maltraitance et de laisser pour compte.
Je veux que personne ne soit laissé en détresse ni abandonné au bord de notre Nation, que nous bâtissons ensemble, à travers les Cinq chantiers présidentiels de prospérité.
Dans ce cadre, je salue les efforts du Président Joseph KABILA et du Gouvernement, au service de tous les habitants, pour améliorer le quotidien.
Il n’y a pour ma part aucun renoncement à contribuer aux énormes progrès qui ont été faits. Avec la volonté forte, le respect profond et le sens de l’Etat qui sont les miens. Le fait que nous devons œuvrer dans la loyauté autour des objectifs fixés par le Chef de l’Etat.
Dans l’immédiat, je tiens compte des besoins exprimés. Je demeure confiant et prêt à relever les aspirations dans une atmosphère de concorde et de fraternité, en conjuguant le souci de l’universel avec notre devenir radieux.
Je place cette nécessité dans la prise de conscience de nos valeurs d’humanisme. De sorte que l’héritage de notre Histoire et les leçons tirées de l’Indépendance nous servent à empêcher tout épisode de brutalité envers la Nation et les intérêts de nos partenaires.
En conformité avec l’exigence de faire ce qui est bien, je considère qu’il est digne pour notre passé et noble pour le Congo que des vies emportées par les violences intolérables de l’Indépendance puissent trouver l’estime de la Nation.
Nous ne pouvons indéfiniment maintenir nos Compatriotes dans les ténèbres des erreurs. Ils ont droit à notre affection et notre considération. Car ils sont les lauriers de notre Histoire, oubliés d’être observés au même titre que les disparus honorés tous les 4 Janvier. Jour férié en mémoire aux victimes de l'Indépendance.
Je forme les vœux que l’année du 50ème anniversaire du transfère de la souveraineté, assumée par le Royaume de Belgique, soit marquée d’une Journée du Souvenir. En hommage à nos Compatriotes oubliés ainsi qu’en témoignage du regret de nos actes. Afin que le recueillement de notre reconnaissance exhorte les générations futures à traiter nos semblables avec dignité et considération.
Dans cet esprit, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme nous imposent le devoir de réclamer pas simplement nos propres droits, mais également ceux des autres.
En joignant l’exigence à l'action, il sied de savoir que la Déclaration, dans son Article 11, stipule, entre autres que « La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé (…).»
Par propriété, j’attends le droit d’user, de jouir et de disposer de son bien. Tant moral, physique, matériel, intellectuel que culturel, dans la mesure ou la liberté de jouissance ne nuit pas à autrui.
Sur ce point, étant opposé à toute forme d’arbitraire qui va à l’encontre de la conscience de l’humanité, il est approprié que le Congo restitue les biens qu’il a expropriés, confisqués ou spoliés à nos Compatriotes, depuis l’époque de la tutelle du Royaume de Belgique jusqu’à nos jours. Qu’ils s’agissent du foncier, du forestier, du bâti, du minier ou des terres agricoles.
Nos Compatriotes qu’ils soient Noir ou Blanc doivent retrouver la plénitude de leurs droits de propriété. Car il est essentiel que cette question séculaire, qui mette en mal la confiance en la République, soit réglée une fois pour toute.
La franchise avec laquelle nous reconnaîtrons nos fautes, nous vaudra la respectabilité internationale intense. Qu’on y songe !
Ensemble, joignons nos efforts pour restaurer la fierté du Congo, de manière à œuvrer, sans résignation, au relèvement intégral de notre Nation.
Alain Matumona
Congoavenir@gmail.com
Mise à jour le 04.07.2009-16h:47
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Congo Avenir 2006